Licenciement pour faute grave : le délai de deux mois qui commande tout

Deux mois pour engager la procédure à compter des faits, ni préavis ni indemnité de licenciement, mais le chômage reste ouvert. Les textes exacts.

Par Antoine · Publié le 22 septembre 2026 · 5 min de lecture
Licenciement pour faute grave : le délai de deux mois qui commande tout

En bref

La faute grave est celle qui rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise. Elle prive du préavis et de l’indemnité de licenciement, sur le fondement des articles L1234-1, L1234-5 et L1234-9 du code du travail. Elle n’ouvre en revanche aucune dispense de procédure. Le délai le plus contraignant est celui de l’article L1332-4 : deux mois à compter du jour où l’employeur a eu connaissance des faits.

Ce que la qualification recouvre, le délai qui court dès la connaissance des faits, les étapes et leurs délais, ce que le salarié perd et sur quel texte, et ce qu’il conserve malgré tout.

Ce qui distingue la faute grave de la faute simple

À quelle date exacte l’entreprise a-t-elle eu connaissance des faits ? La réponse commande tout le reste. La frontière entre les deux qualifications, elle, ne tient pas à la gravité morale des faits, mais à une conséquence pratique : la faute grave rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise, même pendant la durée du préavis.

La faute simple justifie le licenciement sans empêcher ce maintien : le préavis s’exécute normalement. La faute lourde, elle, suppose en plus une intention de nuire à l’employeur, et elle est rare.

Cette qualification n’appartient pas définitivement à l’employeur. En cas de contestation, le juge l’examine et peut la revoir, ce qui déplace l’enjeu : ce n’est pas le mot écrit dans la lettre qui décide, ce sont les faits et leur établissement.

Deux mois pour engager la procédure

C’est le délai que les entreprises découvrent souvent trop tard, et il ne concerne pas la procédure de licenciement mais les poursuites disciplinaires elles-mêmes.

Important

Article L1332-4 du code du travail : « Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l’engagement de poursuites disciplinaires au-delà d’un délai de deux mois à compter du jour où l’employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l’exercice de poursuites pénales. »

Le point de départ est la connaissance des faits par l’employeur, pas leur commission. Une enquête interne ne suspend pas ce délai, et la date à laquelle un responsable a été informé devient un élément de preuve.

Prenons des faits connus de l’employeur le 3 mars. La convocation à l’entretien préalable doit partir avant le 3 mai pour que la procédure reste possible sur ces seuls faits. Au-delà, ils ne peuvent plus fonder à eux seuls une sanction.

La mise à pied conservatoire permet d’écarter immédiatement le salarié pendant l’instruction du dossier. Elle n’est pas une sanction : elle suspend le contrat le temps de la procédure, et elle se justifie précisément par l’impossibilité du maintien.

Les étapes et leurs délais

La procédure est celle de tout licenciement disciplinaire, sans allègement lié à la gravité des faits.

Calendrier mural avec trois dates entourées au stylo, au-dessus d'un dossier
ÉtapeDélai minimumDélai maximumForme
Engagement des poursuitesSans délaiDeux mois après la connaissance des faitsConvocation écrite
Entre la convocation et l’entretienCinq jours ouvrablesAucunLettre recommandée ou remise contre décharge
Entre l’entretien et la notificationDeux jours ouvrablesUn moisLettre recommandée avec avis de réception

La lettre doit énoncer le motif précis du licenciement. Une formulation générale, du type comportement inadapté, fragilise le dossier au premier examen, parce qu’elle ne permet pas de vérifier les faits reprochés.

Le salarié peut se faire assister lors de l’entretien, et la convocation doit l’en informer. C’est une mention dont l’absence se paie.

Ce que la faute grave retire, et sur quel fondement

Les conséquences sont souvent présentées comme une décision de l’employeur. Elles découlent en réalité de trois articles, qui réservent chaque droit aux licenciements prononcés sans faute grave.

Le préavis d’abord. L’article L1234-1 ouvre droit à un préavis « lorsque le licenciement n’est pas motivé par une faute grave » : un mois pour une ancienneté de six mois à moins de deux ans, deux mois à partir de deux ans.

L’indemnité compensatrice ensuite. L’article L1234-5 la prévoit pour le salarié qui n’exécute pas son préavis, « sauf s’il a commis une faute grave ».

L’indemnité de licenciement enfin. L’article L1234-9 la réserve au salarié en contrat à durée indéterminée comptant huit mois d’ancienneté ininterrompus, « sauf en cas de faute grave ».

Le contrat prend donc fin à la date de notification, sans préavis exécuté ni indemnisé, et sans indemnité de rupture.

Ce qu’elle ne retire pas

Deux droits subsistent, et ils surprennent des deux côtés de la table.

L’indemnité compensatrice de congés payés reste due : les congés acquis et non pris se paient, quelle que soit la qualification de la faute.

L’allocation chômage reste ouverte. La privation d’emploi consécutive à un licenciement est involontaire au sens de l’assurance chômage, y compris lorsqu’il est prononcé pour faute grave. L’employeur qui annoncerait l’inverse au salarié se tromperait, et l’attestation destinée à France Travail reste due dans tous les cas.

Ce que le juge peut requalifier

Le risque principal n’est pas la contestation du licenciement en lui-même, mais celle de sa qualification. Un juge qui écarte la faute grave sans écarter la cause réelle et sérieuse rétablit le préavis et l’indemnité de licenciement, avec les sommes correspondantes.

Un juge qui écarte aussi la cause réelle et sérieuse ouvre une indemnisation d’une autre ampleur. Entre les deux, la différence tient à la solidité des faits établis, pas à la fermeté du courrier.

Un dossier engagé sur des faits anciens, mal datés ou reposant sur un seul témoignage se discute mal. À ce stade, l’avis d’un avocat en droit social ou du conseil habituel de l’entreprise n’est pas une formalité : chaque dossier dépend de ses propres pièces et de la convention collective applicable.

Avant d’engager la procédure

Datez d’abord précisément le jour où l’entreprise a eu connaissance des faits, et remontez deux mois en avant : c’est votre fenêtre. Rassemblez ensuite ce qui établit les faits, pièce par pièce, avant de rédiger la convocation.

Vérifiez enfin la convention collective : certaines imposent des étapes supplémentaires, comme la saisine d’une commission ou un délai différent, et leur oubli suffit à fragiliser toute la procédure.

Sources

  • Code du travail, article L1332-4, prescription des faits fautifs
  • Articles L1234-1 et L1234-5 du même code, préavis et indemnité compensatrice
  • Article L1234-9 du même code, indemnité de licenciement
  • Service-public.gouv.fr, licenciement pour faute simple, grave ou lourde, page mise à jour le 11 mai 2026
Antoine

L'auteur

Antoine

Antoine tient la rédaction du Registre. Il n'exerce aucun des métiers dont il parle : il travaille sur les textes et les documents qui font foi, il date ce qu'il cite, et il renvoie au conseil du lecteur dès que le cas devient particulier.